Vous avez
décidé de
visiter l’un des endroits les plus inaccessibles de la
planète, il semble
inconcevable de partir sans emporter dans ses valises de quoi rapporter
des
souvenirs pour en faire profiter vos proches.
Après
9 mois passés dans
cet environnement, je commence à avoir une petite
idée des choses importantes à
prendre en compte.
La première, considérer
que tout ce que vous emporterez ici est du
« consommable »
en effet pour certaines raisons
évidentes
(entre autres le froid) et d’autre qui le sont bien moins (la
faible pression,
l’électricité statique, et certaines
lois occultes dont je n’ai pas encore
percé le secret) le matériel
électronique souffre. Il est évident que le taux
de panne dans et hors de la station est supérieur
à celui que vous pouvez
rencontrer sur les pavés parisiens.
Quels
sont vos
objectifs :
Je dirais que c’est la
première chose à déterminer. En effet,
rien ne sert d’emporter 20kg de matériel
fraichement acheté si vos seules aspirations sont quelques
paysages et des
photos de la vie de tous les jours. Dans ce cas un compact
numérique adapté
sera votre plus fidèle ami.
Si vous passez par DDU
avant d’aller sur Concordia il vous permettra sans aucun
problème
d'immortaliser les manchots et les oiseaux présents sur
l’ile aux pétrels.
Les animaux sont tellement peu farouches
qu’il n’est pas nécessaire
d’avoir un zoom de grande capacité. Un manchot
Empereur de bonnes familles se laisse approcher à moins de
10m sans aucun
problème, quant aux Adélie, il faut parfois les
pousser un peu pour se frayer
un chemin sur la banquise… Les phoques de Weddell sont des
nounours
attendrissants que seul un météore
s’abattant
sur eux les
pousseraient
éventuellement à bouger de quelques mètres.
Préférez donc une focal minimum grand
angle pour les paysages magnifiques et qui en intérieur sera
toujours avantagée
dans des espaces restreints pour des vues
générales. 28 105 en équivalent
argentique est idéal. De même évitez la course
aux pixels et les modèles ultras
compacts dont les objectifs sont souvent peu lumineux. 8
mégas pixels sont
largement suffisants, aller
au-delà
apporte souvent un capteur plus bruité (les pixels de
celui-ci étant plus petit
afin de les rentrer aux chausses pied dans le même espace
qu’un capteur de 8
mégas).
Le gros avantage du
compact étant qu’il vous accompagnera toujours ce
qui permet de saisir des
moments inattendus et c’est un avantage
indéniable. Face aux
« bridges » il est plus simple et
certainement plus robuste.
Un mode vidéo non limité
dans le temps est idéal pour donner un peu de vie
à vos souvenirs numériques.
Il sert aussi de bloc- note que vous avez toujours à
porté de main. J’ai fait
l’erreur de négliger cet aspect au
début de mon voyage. Les petites séquences
vidéos prises durant les moments de la vie de tous les jours
sont un vrai
bonheur à partager avec vos compagnons de voyage. Une
résolution de 640x480 est
suffisante le but n’étant pas de faire de la
vidéo HD à l’image de la marche de
l’Empereur… Nous sommes bien dans le
« pris sur le vif »
Pour les plus chevronnés ou ceux désirant se
mettre à la photo de façon
sérieuse, un reflex numérique reste le must pour
accéder au portrait, aux
photos de nuit et au safari photo animalier.
Equipé d’un bon zoom
à
vous les baleines lors de la traversée, les multiples
oiseaux, et les rafales
décomposant le jeu des manchots sortant de l’eau.
Plus de limites à votre
créativité et les images dignes des magazines
sont à votre portée. Seul bémol
vous voici donc dans une démarche
« photographique » ce qui veut
dire
multiples objectifs, donc poids supplémentaire. Plus
compliqué à avoir toujours
sous la main. Si vous hivernez sur Concordia, le paysage
n’est pas des plus
riches et le compact sera certainement bien plus utile. En effet sortir
par
–70° avec un reflex demande un peu de motivation,
alors que le compact est
quant à lui en principe toujours dans la poche. Par contre pour les
aurores
(peu nombreuses et de faibles intensité à
Dôme C, le reflex est la seule
alternative).
Le reflex numérique
impose aussi d’avoir une bonne connaissance de son appareil,
car dans les
conditions de froid que vous allez rencontrer, chaque seconde compte et
pas
question de chercher le réglage d’ouverture durant
5min… (Sans parler que
l’expression « travailler avec des
moufles » prend ici tout son
sens…).
Côté objectif, j’ai
tendance à dire qu’il faut un grand angle et un
zoom. Entre 10 et 35mm pour le
grand angle (équivalent argentique) et 300mm pour le zoom.
Maintenant concernant le
choix des objectifs, il est indéniable qu’une
série pro sera infiniment plus
robuste au regard des conditions. Toutefois, le prix et le risque de
« casse » font
réfléchir.
Sans
prendre en compte le
« budget » je ne ferais plus de
compromis de ce côté.
Côté vidéo, la beauté des
paysages rend l’idée d’apporter un
caméscope très tentante. Sur ce point, mon
avis est qu’il faut privilégier la
légèreté et la robustesse. Un autre
paramètre à prendre en compte est
l’autonomie. Moins un caméscope sera gourmand
en énergie, plus il supportera l’utilisation dans
le froid.
Concernant le mode de
stockage, deux philosophies
« sérieuses »
s’offrent à vous. Disque
dur ou carte mémoire. Les supports type DVD ou bande DV sont
trop fragiles pour
les conditions d’utilisation. Sans parler du
côté pratique des supports types,
« flash » pour l’aspect
« montage »
Pour ma part, j’ai choisi
le support carte mémoire pour sa compacité et
surtout par ce qu’il ne comporte
pas de pièces « mobiles» durant
la prise de vue, ce qui a deux avantages,
pas de problèmes liés au froid (les disques durs
n’aiment pas ça…) et une
consommation bien plus faible. Le troisième avantage
étant la compacité.
Un quatrième pourrait
être que malgré le fait que les disques durs
permettent de très grandes capacités
de stockage (120GO) alors que la carte mémoire de 8GO est
déjà presque une
limite, à l’utilisation il semble
que les caméscopes à disques ne sont quasiment
jamais ou rarement
« vidés » par leur
utilisateur
et en cas de casse… vous perdez
tous vos souvenirs si vous êtes
négligent dans les sauvegardes.
De nouveaux modèles HD
ultras compacts sont apparus sur le marché et la
qualité est étonnante.
Le retour d’expérience
après 9 mois est que les modèles à
disques durs se comportent moins bien que le
mien au froid..
Seul petit point noir,
les codecs HD et FULL HD sont pour le moment peu disponibles pour les
logiciels
de montages semi « pro ». et
demande dans ces formats un ordinateur
très puissants. Il
faut donc accepter
éventuellement de baisser la qualité et de filmer
en utilisant le format 720p à
la place du magique 1920x1080 qui est réellement en avance
sur son temps pour
une utilisation non professionnelle. Sinon attendez-vous à
des temps de
conversion de plusieurs heures pour obtenir quelques minutes de
vidéo en divx
ou mepg.
Argentique ?
Pour ceux qui voudraient
s’essayer à la photo
« astro » grand champ et profiter
des aurores,
un reflex argentique équipé d’un grand
angle n’est pas
« idiot ».
Je regrette de ne pas
avoir apporté mon olympus
OM1. Boitier
24-36 mythique d’une grande robustesse
entièrement mécanique il
n’est pas soumis au problème de batteries et
permet de réaliser des images de nuit sans trop de risque
pour le matériel si
vous prenez quelques précautions lors de
l’utilisation.
De plus,
la réalisation
de « circum polaire » obligeant
de laisser le boitier dehors
plusieurs heures s’en trouveraient simplifiées.
La
recette magique
Je vais
vous donner ici
mes impressions quant au matériel que j’ai
apporté. Je n’ai bien entendu aucune
action chez Canon (quoi que… je devrais y
penser…).
Concernant le compact.
J’ai pris avec moi sur les conseils de Franck Valbousquet (du
magasin optique
et vision) qui utilisait un Canon 850, le nouveau modèle de
la série. Le 860
IS. D’un coût correct ce petit boitier est une
merveille. Son objectif 28-105
remplit parfaitement le cahier des charges que je
m’étais fixé.
Le mode vidéo 640x480 est
d’une qualité étonnant même
en basse lumière et surtout sans limitation de
temps. L’écran de grande taille est
très efficace. Mais le plus étonnant
n’est
pas là. C’est sa résistance au froid et
son autonomie qui me laissent encore
béat d’admiration.
Utilisé par –75° des
prises vidéos de 10 minutes ont été
effectuées. Il a été soumis
à l’humidité
sur l’astrolabe, il est tombé plusieurs fois
(évitez de garder un compact dans
la poche d’une chemise ;) ou bien de le laisser sur
le toit d’un abri
dehors par –70° avec 6m/s de vent ). S’est
retrouvé enfoui sans la neige après
une chute… Il n’a jamais fait défaut.
L’autonomie en condition normale est
étonnante. (Je ne suis jamais tombé
réellement en panne de batterie).
Concernant la qualité
d’image, que dire de plus pour un compact avec un capteur de
cette taille,
nombreuses photos intérieurs ou extérieurs que
vous pouvez voir sur le site
sont issue de ce petit bijou … Toutes les
vidéos présentes sur le site
sont faites avec. (Bien entendu la compression nécessaire
à l’envoi dégrade la
qualité).
Seul point
« sombre » il ne dispose pas
d’un mode manuel
« intégral »
ce qui permettrait de faire des longues poses de nuit et de maitriser
temps de
pose et ouverture. Mais encore une fois ça ne faisait pas
partie de mon cahier
des charges possédant un reflex numérique.
De tous les compacts de
la base, je n’ai pas peur de dire que c’est celui
qui s’en sort le mieux dans
les conditions extrêmes.
Pour
ceux qui seraient
tentés par cet appareil, il faut bien regarder dans la
gamme, car l’évolution
des modèles ne suit pas la valeur numérique. (Par
exemple, l’ixus 900 n’est pas
une évolution du 860, il dispose d’autres
caractéristiques pas forcement plus
évoluées). A vous de voir donc.
Amateur de photo depuis
plusieurs années et ayant dans le passé
possédé un Canon 10D tombé en panne
quelques semaines avant de partir (après plus de 100 000
poses), je ne pouvais
venir ici sans un boitier issu de lignée de ce bon vieux 10D.
Mon choix s’est porté
naturellement sur l’ EOS 40D toujours de chez Canon.
Côté capteur il suit
remarquablement la trace des précédents boitiers
amateurs et semi-pros de la
marque. En effet, là où la concurrence dans la
course aux pixels oublie parfois
que le bruit nuit à la qualité des images, ce 40D
avec un capteur au format
APS-C conserve malgré une diminution de la taille des pixels
(nécessaires
puisque le format du capteur n’a pas changé). Un
niveau de bruit très bien
maitrisé parfaitement exploitable à 1200 iso.
L’autonomie est à mon
sens supérieur au 20D et sans comparaison avec le 10D. la
disponibilité à
l’allumage et la vélocité du mode
rafale satisferont les utilisateurs
exigeants.
La prise en main et
l’ergonomie sont toujours correctes (bien que certains menus
nécessitent
d’avoir avalé la notice avant de s’y
aventurer tant le nombre de fonctions est
disponible.
Astronome amateur, le
mode « live view » permettant
d’afficher en temps réel sur
l’écran
LCD la scène visée est un vrai bonheur pour les
mises au point au foyer d’un
télescope ou d’un objectif à forte
focale.
L'autre point important, le
logiciel fournit avec, permet un contrôle intégral
(intervalometre compris) du
boitier depuis un PC via la connexion USB2, ce qui nous approche de
plus en
plus au niveau ergonomie de l’utilisation d’une
caméra CCD. Bien entendu la
sensibilité du capteur même ayant subit une
modification de filtre type
« Baader » visant au augmenter son rendement dans le rouge
(indispensable pour capter le rayonnement de la raie de
l’hydrogène ionisé
inondant les objets du ciel profond) reste très loin des
capteurs N&B
utilisé dans les caméras CCD
dédiées. Mais ce boitier permet de
débuter (voir
plus) dans la photo astro avec de très bons
résultats à la clef.
D’ailleurs concernant les
photos astro ou même terrestre, la résistance au
froid n’est plus à mettre en
doute, utilisé régulièrement par des
températures allant de –50° à
–70°
l’autonomie, la disponibilité de
l’ensemble des boutons et molettes et l’absence
de blocage après plus de 30min passées dehors par
–60° en font un outil hors
pair pour qui veut faire de la photo en antarctique.
Seuls les écrans LCD
deviennent inutilisables au bout 10 à 15 minutes.
Ce qu’il manque a ce
boitier, une fonction intervallometre intégrée et
des temps de pose supérieurs
à 30 secondes. On peut aussi regretter
pour les bricoleurs, l’utilisation
d’une prise spécifique pour la
télécommande alors que les modèles
type 300D ou 400D utilisent quant à eux un
jack classique.
Pour
comparaison un des
hivernants a apporté un EOS 1DS MarkII boitier pro
fleuretant avec les 7500€.
Ce dernier ne supporte pas le froid et se coupe automatiquement en
moins de
10minutes.
Pour accompagner le 40D,
mon fidèle 70 200 L stabilisé est bien entendu du
voyage. Ce zoom
« phare » de la gamme pro canon
n’a que deux inconvénients, son prix
et parfois le risque de tomber sur un modèle pas au niveau
de qualité requise
pour cette gamme.
Avant tout achat vérifiez
bien la qualité dans les angles, et si possible
n’hésitez pas en tester
plusieurs. D’expérience la production semble
parfois assez inégale et même si
c’est assez peu
« gênant » en
photographie « classique »,
le test sur étoile est sans pité. Le mien est moins bon
(léger désalignement du
groupe de lentille) que les anciens 80-200 que j’ai pu tester
(3 exemplaires).
Bien que la correction chromatique soit meilleure.
D'ailleurs, un vieux
80-200 d’occase est peut-être le bon compromis pour
venir ici.
Côté
résistance au froid,
je prends juste la précaution de désactiver le
stabilisateur, pour le reste
rien n’a signaler, ça marche et
c’est du solide !!!
Côté grand angle, un
10-22mm acheté
pour l’occasion,
surprenant par sa qualité (bien que
n’étant pas de la gamme
« pro »),
n’a malheureusement pas résisté au
froid et la partie baillonette à
décidé de
prendre des vacances et s’écarter du groupe de
lentilles…
On peut se demander
d’ailleurs si l’ingénieur qui a pondu un
sertissage à cet emplacement a déjà
utilisé autre chose qu’un compact.
L’objectif avait déjà un
peu de jeu avant l’arrivée sur le continent, le
froid l’a fini. C’est quasiment
irréparable puisque très proche de la partie
mobile de la bague de focus.
D'ailleurs,
évitez de
tenir votre boitier par l’objectif, maintenant que je sais
comment sont montés
les gammes classiques je ne le ferais plus…
Heureusement que j’avais
un vieux 24mm/2,8 en secours dont la qualité optique me
ravit à chaque
utilisation. (De même que la résistance au
froid).
En
résumé, le canon EOS
40D est à mon sens un boitier abouti qui est
prévu pour durer. Seul le passage
au plein format pourrait me faire abandonner cet appareil, mais
j’attendrais
pour cela une gamme d’optique
« mature ».
Accompagné d’optique de
série « pro »
c’est l’idéal pour affronter la rudesse
du climat
Pensez si vous le pouvez
à apporter une poignée grip, outre la prise en main facilitée, elle permet de
glisser une ou deux chaufferettes dans le second emplacement batterie, c’est
une astuce qui peut toujours aider. Même si de toute façon au bout de 30 à 40min
par –60° ça ne change plus grand-chose.
Du coté de chez Nikon, je dirais que le rapport
signal/bruit bien moins bon et l’absence d’un vrai mode raw indispensable pour
la photo du ciel en font une marque bien peu en vogue chez les astronomes
amateurs. Mais se sont certainement de très bons outils pour la photo de tous
les jours.
Côté
caméscope de
qualité, j’ai choisi le tout nouveau
modèle FULL HD XACTI ultra compact de chez
Sanyo. Rien à redire, 2h d’autonomie, carte
mémoire de 8Go, supporte assez bien
le froid (sauf l’écran), ultra compact et
procurant une qualité d’image
étonnante. Seul problème les codecs format full
HD n’étaient pas dispo (au
moment de mon départ en tout cas) pour les softs de montage
un peu évolués. Il
faut dont utiliser celui très basique fournit avec et dont
le temps de
compression le rend quasiment inutilisable (environ 28h sur un P4 3GO
pour
graver film de 2h sur un DVD, et ce, sans montage). J’ose
espérer que c’est bug
du soft (corrigé depuis) ne pouvant accéder
depuis Concordia aux mises à jour.
La solution, filmer en format 720p qui est déjà
exceptionnel de qualité et ne
nécessite pas un PC monstrueu pour traiter les
vidéos.
Voici
donc pour un rapide
tour d’horizon de la photo/vidéo en Antarctique,
gardez toutefois en tête que
l’utilisation en dessous de –50° doit
rester anecdotique, le risque de casse est
bien présent.
On
ne sait jamais
jusqu’ou la chance va nous accompagner..
Amusez
vous bien !!! |