L'avion est susceptible d’arriver à 9h30, je répète l’avion est
susceptible d’arriver à 9h30 » comme une voix qui te sors du lit un
lendemain de fête, c’est un peu ce qui m’est arrivé ce dernier jeudi
vers 8h du matin.
Réveillé en sursaut, entre rêve et réalité, mais en tout cas avec un
gros défaut de sommeil, le temps de réaliser que la radio parle de
« l’avion », pas un avion, mais le dernier, celui qui doit emmener nos
derniers camarades et nous laisser seul durant 9 mois…
Le temps de comprendre que ça n’était pas un rêve, d’activer le neurone,
la grosse frayeur est là…
- Mais il ne devait arriver que ce soir pour ne partir que vendredi matin
l’avion !!!*
Je commence a connaître assez bien les coutumes du pays pour savoir que
si il arrive à 9h30 Bob ne va surement pas rester 24 heures juste pour
le plaisir d’être à la meilleure table de toute l’antarctique et de
pioncer à plus de 3000m…. De toute façon, la piscine est fermée donc pas
vraiment de raison de s’attarder ici (bon pour la piscine ça peut se
faire entre un atterrissage et un décollage juste après le café et avant
le passage à l’incinolet (en gros durant les 30min de pauses), c’est pas
moi qui le dit, il paraît même que certain on furtivement aperçu ce fait
divers la semaine passée…
Après de passage en revu de la situation (critique je dois bien
l’avouer) je saute dans mes Charentaises (« Concordiaproof » les
Charentaises !!!), et je file à la salle radio pour avoir conformation
de ma divagation neuronale du matin.
Point de divagation, l’instant est grave c’est bien çà, il me reste 1h30
pour boucler mes cartes postales… Chose prévue initialement pour la
journée et la nuit. (je m’excuse au passage pour ceux qui seraient
destinataires de ce produit local, vivement bâclé afin que chacun puisse
avoir un petit mot venu du bout du monde. Pas de littérature ou de
grandes proses dans sur ces bouts de cartons imprimés.
En même temps égoïste que je suis, car mon problème à moi ne se résume
qu’à une grosse poignée de timbres de lécher langoureusement et quelques
tendinites aux poignets pour avoir redécouvert les joies de l’écriture
et du tamponnage (m’était pas arrivé depuis bien longtemps…)
Mais pour les copains, qui partent avec 24h d’avance s’est un peu plus
« tendu »… (Oui oui comme un string si vous voulez, pour reprendre une
expression chère à certains lecteurs coutumiers de ce blog).
Eux doivent avoir tout plié pour dans 2h, alors on sent bien que tout
s’active à grande vitesse dans la base, ça grouille, les sacs
s’entassent dans le couloir, les lessives sont sorties à peine lavée ou
sèches du séchoir, bref la base ressemble à une chambrée de bleus avant
une visite du colon de service !!!
J’ai du mal à me coller dans le crâne que dans deux heures tout sera
très calme, peux être même trop…
Pauvre Giorgio qui avait prévu un repas de fête pour le dernier soir
avec nos amis estivants…
Une fois les cartes bouclées (en 1h, record battu) la radio nous annonce
finalement 2h de retard, l’avion sera pour 11h30 environ… et moi qui
viens de bâcler mes cartes…
Pas grave, c’est… l’Antarctique… (Certaines choses ne changeront pas…).
La radio annonce l’avion, les appareils photos et les caméscopes sont
prêt, les mouchoirs aussi. Derniers efforts, un chargement de vivres et
le respirateur médical arrivent avec lui. Et Lucia aussi notre collègue
astronome partie pour Terra Nova Baie il y a dix jour afin de fabriquer
de l’hélium pour Cochise son petit « jouet » (un radio télescope de
presque 2m de diamètre). Les capteurs de Cochise vont être ravis de
revoir Lucia et se délectent à l’avance de son précieux chargement
Nous sortons pour accueillir l’avion, dernier atterrissage avant bien
longtemps, toujours parfait comme à l’habitude (il paraît que Bob
dormait, de toute façon vu le peu de visibilité ça n’aurait pas changé
grande chose…).
La chargeuse (gros n’engin jaune, très lent et un peu moche, très
souvent piloté, par Claire le Calvez, indispensable pour recharger le
fondoir à eau en glace) et le merlo (gros n’engin vert à capacité tuning
avec un grand bras très sympa à conduire (si si je l’ai essayé c’est
vrai et j’ai même pas emboutis la station lors du rangement au garage)
s’activent autour de l’avion pour décharger, nous rentrons pour recevoir
les vivres aux magasins.
Bob et son collègue font leur pause, pendant que l’on profite des
derniers instants avec nos amis. Au passage, j’ai même réussi à faire un
petit colis pour la France avec une surprise pour qui l’aura
Dans le sans d’entrée les blagues vont bon train et Claire nous fait
éclater de rire lors du rangement de son « pot » (Only Concordia
accustomed joke)
Tout le monde se dirige vers l’avion, Bob a déjà mis le moteur droit en
route, on traine un peu, on déconne, on s’embrasse. Ça n’est pas un
décollage comme les autres Claire a même revêtu une tenue bleue !!!
derniers bagages chargés, Bob bat le dernier rappel l’avion se rempli
même si on a du mal à les laisser partir, on a pas vraiment le choix de
toute façon ils ne veulent pas rester !!! 
L’escalier est retiré, la porte de l’avion fermée, derrière les visages
et les signes d’au revoir sont visible. Les hivernants se tiennent en
ligne non loin, les photos et les caméscopes sont fin prêts pour capter
l’envol de l’oiseau rouge et le très certain passage bas de Bob pour
saluer le début de l’hivernage. Bob met les gaz, un nuage de neige nous
envahi.
Le silence radio est troublé par un message d’encouragement et d’au
revoir, une voix féminine inattendue, celle de Claire qui à emporté son
talki avec elle. Il à déclenché un trop-plein d’émotion fait exploser
quelques sanglots qui ne durent que le temps de geler sous les yeux, le
temps de reprendre le dessus et de chercher l’avion déjà en bout de
piste, quitte le sol et fait un long virage pour passer au ras des tours
juste au-dessus de nous.
Voilà, aux environ de 12h le 31 janvier 2007 commence le 4éme hivernage
de la Station Concordia. Certainement un des plus longs de la courte
histoire de la station.
Pour la première fois, nous nous retrouvons à 13 autour de la table dont
la disposition a été revue pour la rendre conviviale. L’ambiance est
détendue et joyeuse et le restera tout au long de la journée ce qui
présage d’une suite chaleureuse, aujourd’hui étant au dire de certains,
un des jours les plus durs de l’hivernage…
Erick












