Atterrissage à Christchurch, ou le jeu du GO / NO GO….

Et bien voilà encore un saut de puce d’une heure pour arriver à la base de départ vers l’antarctique. Christchurch, la seconde ville de Nouvelle Zélande avec ses 414 000 habitants, est située sur l’Ile du Sud et c’est de là que partent les avions à destination des bases américaines (Mc Murdo) et Neo zelandaise (Scott) et plus rarement de la base italienne Mario Zuchelli car la glace de mer semble être de moins bonne qualité ces derniers temps du coté de Terra Nova.
Pourquoi  donc je vous parle de la glace de mer ? Et bien tout simplement par ce que c’est sur ce truc que les avions se posent ! (tout va bien se passer, pas de panique !).

Pour ce qui est justement des avions, les classiques sont :
Le vénérable Hercules C-130  (premier vol en 1954 quand même !), quadri moteur de 80 tonnes dans sa phase obèse (avion, kero et en gros les 10 tonnes de fret).
Le récent C-17, gros pépère de 260 tonnes (dont 75 de fret !).
Et le petit dernier, l’Airbus A 319 dont l’autonomie lui permet de faire un AR sans ravitailler (rayon d’action dans les 14000km), gros intérêt vu les conditions météo capricieuses sur la côte antarctique. Ca permet aussi aux 40 passagers et aux 7 tonnes de fret de voyager plus rapidement et dans un confort sans commune mesure avec celui procuré par les deux autres compères…

Donc voilà pour l’introduction. Ca c’est la théorie, en pratique maintenant, nous arrivons vers 11h locale sur Christchurch, le temps d’aller prendre nos chambres dans un hôtel situé à coté de “l’Antarctic centre”, une sorte d’établissement de loisirs basé sur les expéditions polaires.
Le vol est prévu le lendemain soir vers minuit. En effet, la glace de mer étant fragile, les atterrissages se font au plus chaud de l’été , de préférence la nuit et donc au plus froid de la journée (oui par ce que l’on est en pleine journée de 3 mois), afin de ne pas endommager la glace.
Ce planning nous laisse donc une journée pour aller nous balader. Après un bon déjeuner à base de vache et quelques achats de cartes postale à “l’antarctique centre”, une petite sieste en guise de diner avec quand même un burger et une pizza à emporter commandés à l’arrache vers 22h dans le restaurant de l’hôtel. La nuit est la bienvenue.
Bienvenue, mais toutefois courte car vers 5h du matin, un réveil bizarre mis sur le compte du décalage horaire se fait sentir de même qu’une envie très pressante de visiter les toilettes ! Bizarre le genre de truc qui n’arrive jamais vient de me pourrir ma sieste nocturne!
Vers 6h nous sommes plusieurs à nous retrouver pour un petit dej de l’espace… Cette opération, qui dure bien 2h nous permet de nous gaver de petites pâtisseries et autres bacon egs aux champignons, agneau, fromage …
C’est d’ailleurs au petit dejeuner que nous sommes plusieurs à partager notre expérience de l’envie pressante option réveil du milieu de nuit relativement inédite ! Bizarre ce truc.
Après le briefing de 10h, c’est parti pour la balade dans Christchurch (prendre la ligne 29 juste a coté du rond point de l’hôtel, compter 13$ nz pour un AR centre ville / aéroport et 20 bonnes minutes ou 2h à pieds). Un bus par heure (10h15, 11h15….).
Le bus vous laisse à deux pas du centre ville de Christchurch, ou du moins ce qu’il en reste… En effet, ces dernières années la ville a subi 3 gros séismes qui ont ravagé une partie du quartier central.
Le 4 septembre 2010 mag 7, pas de victimes, celui du 22 février 2011, cette fois de mag 6.2 a fait 181 morts, suivi de celui du 13 juin qui fit 1 mort et 45 blessés.
Suite à cela, une partie de la ville n’est plus accessible et les travaux de démolition sont toujours en cours…
Le centre vivant s’est donc rassemblé autour d’un espace commercial constitué d’assemblages de containers colorés qui ont été viabilisés. Tout en jurant parfois avec l’architecture locale, l’intérêt en matière d’économie et de rapidité de mise en œuvre n’est plus à démontrer, du recyclage efficace …
Pour les besoins de dernières minutes, le magasin Katmandu est très sympa, vêtements et matériels de sport pas cher et de bonne qualité ; juste en face une sorte d’Apple store.

Cela dit sorti de ce centre très vivant, c’est parfois la désolation qui prend le dessus.

Un des points d’intérêt de cette ville c’est aussi son magnifique jardin botanique que nous avons visité et qui vaut le détour (surtout pour des gens qui ne vont pas voir la feuille d’un arbre pendant plus d’un an ;) ).

Le retour à l’hôtel est prévu pour 16h afin de préparer le départ.
Préparer le départ… ça veut dire quoi ? Et bien c’est simple, prévoir un sac de 20kg au cas où le surplus de bagage ne serait pas autorisé. Donc deux sacs, un “vrai”, celui important et un sac “éjectable” qui fera le trajet tout seul un autre jour (ou pas…). A cela peut s’ajouter un bagage cabine de 8kg, pc portable compris. Bagage cabine devant pouvoir à tout moment se transformer en pack de survie si le “vrai” bagage doit être momentanément abandonné pour raison de surpoids dans un twin ou un hélico. donc joindre chaussettes et petites culottes afin de survivre trois ou 4 jours en mode “pas trop crade” (pour rappel, un tee shirt c’est 4 jours, devant, derrière, puis on retourne, re devant et re derrière, la règle marche aussi pour la partie basse des sous vêtement en cas d’extrême urgence !).
Nous avons de la chance, nous ne sommes que 28 dans l’airbus, donc en principe, on peut tout prendre !!! (mais quand même, j’ai prévu le sac de 20kg au cas ou…).
Notons qu’avoir un  petit pesons personnel n’est pas superflus quand on est toujours limite comme moi.
Forcement, le bagage cabine est plus lourd que prévu… je ne me resouds pas à laisser mes appareils photos et disques durs dans mon sac à dos, d’une part par ce que l’on ne sait pas si nous ne seront pas séparés (lors des transferts Mc Murdo > Terra Nova et Terra Nova > Dôme C) et d’autre part c’est fragile !
Donc la solution c’est de se remplir les poches (oui je sais c’est mal, mais bon). J’ai donc environ 4kg de disques durs, batteries, objectifs photos et cameras dans les poches.
Les poches, les poches, oui mais les poches de quoi ? vous allez me dire !
Et bien les poches de la combi polaire !!! bha oui, on voyage en manchot !!!
l’airbus n’est pas chauffé ! trop cher il parait ! (En fait, c’est surtout en cas d’atterrissage loupé  que ça peut aider, de même qu’à l’arrivée la température n’est pas aussi sympa que sur la côte Neo Zélandaise, donc autant prévoir un peu de chaleur en plume…

Donc voilà, dans l’idée le planning c’est : vol prévu à minuit, check-in à 22h30, briefing de vol à 23h, embarquement et décollage.
En pratique, vol repoussé à 1h du matin, annulation du C17 de 23h, check in à 22h30, briefing qui n’arrive pas, annulation de l’Airbus dont le vol est passé de retardé de 1 heure à retardé de 2 heures à annulé le tout en 1h de temps. Pour la petite blague, un des types de l’Air Force que nous avons croisé et à qui nous avions demandé le statut de notre avion, après avoir appris l’annulation du C17 de 22h, a répondu à la question “our flight is canceled ?” - réponse “not yet” ! (grande importance du “yet”).
On reprend donc les bagages et nous voilà en combi polaire, à minuit sans hôtel à deux pas de l’aéroport (notre hôtel de la veille étant quasi plein, pas question de trouver de la place pour 28 personnes).
Et c’est là que Bob intervient !!! Le Mr logistique polaire contact de l’IPEV en Nouvelle Zelande. Bob nous trouve des chambres, des taxis et organise tout pour notre confort ! Elle est pas belle la vie ?!
j’ai même une chambre grande classe pour moi tout seul ! Le rdv est donné pour un briefing le lendemain à 10h.
La chambre super ! Le petit dej, la loose totale ! Que des graines sèches à manger et des biscuits de graines compressées !!!! Pas la truffe d’un bout de petit cochon baconisé ou d’un croissant local ! rien, wallou, que dalle de mangeable rien que du produit macrobio équitable machin truc pour sauver la planète… bon ok un peu de pain grillé fera l’affaire, mais quand même, déception !
D’autant plus que l’envie de la veille est revenue me sortir de mon doux rêve de pâtisserie une nouvelle fois !!! (et visiblement pareil pour mes collègues !).

Le briefing de 10h du vendredi nous apprend que l’on peut aller se balader une nouvelle fois en ville, manger une glace, profiter du soleil qui, contrairement à la veille, a fait son apparition.
Achat de quelques bricoles et retour au camp de base ou l’on apprend cette fois que l’avion est annulé pour 24h. On reprend donc une chambre dans notre hôtel initial.
Le lendemain, samedi, la même chose en couleur, Christchurch et petite visite dans la “red zone” encadrée par des barrières histoire de prendre la mesure de ce qu’est un séisme. C’est saisissant… toute la vie s’est arrêtée, les tables des restaurants sont restées en l’état, une ambiance de ville fantôme contraste avec les bruits des travaux de démolition. Au loin, des grus chargent des blocs de béton découpés au dernier étage d’un building lors de son démantèlement.
Un à un les étages sont démontés… Plus près du sol, les locaux souvent très âgés, parfois handicapés, observent avec beaucoup d’émotion les parties de leur ville auxquelles ils n’ont désormais plus accès qu’avec leurs yeux derrière les grillages.
le retour à l’hôtel m’apprend une nouvelle annulation, prochaine tentative dimanche soir 22h…

Bonne sieste… il est 15h45 ici, 3h45 du matin en france ;)

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3 Responses to Atterrissage à Christchurch, ou le jeu du GO / NO GO….

  1. Groquick says:

    Je vois sur les photos qu’il y a pas que toi qui est capable de dormir par terre n’importe où! Finalement le C-130, il fait le trajet sans retard lui! vive le progres!

  2. C.Cavadore says:

    Salut!
    Tout simplement : je suis impressionné … c’est une expérience unique qui est portée par peu de gens dans ce bas monde… chapeau.
    Bon courage et je manquerais pas de regarder ton blog.
    Cyril

    • ebondoux says:

      Salut Cyril,
      Merci beaucoup pour ton message, tu ferais des miracles ici tu sais, il y a un 800mm IR qui s’ennuie, il manque un bout de programme pour le faire pointer ! ;)
      J’espère d’ailleurs que tout va bien pour toi coté perso, boulot et astro !
      Encore merci et à très bientôt
      Erick