Vol Terra Nova – Dôme C, le 16 décembre 2011

Et voilà, c’est parti pour Dôme C, décollage 10h30 locale…

Le Twin est plein comme un œuf. On peut même dire qu’en combi polaire il n’est pas évident pour un individu de plus de 50 kg de s’asseoir sur le siège à côté d’un autre individu de plus de 50 kg !!! Il y a donc l’option de s’asseoir par terre (option choisie par un de nos collègues glacio…) ou l’autre option qui est de prendre le siège individuel tout au fond près de la porte ! Un peu à l’image des feignants qui se mettent au fond de la classe près du poêle… mais là c’est tout l’inverse, on est directe dans le charmant flux d’air de la porte en mal d’étanchéité, ce qui procure au moins deux certitudes pour le vol : on ne sera pas serré et surtout on ne risque pas d’avoir trop chaud ! (c’est un choix assumé, je dois dire).

Le début du vol se passe bien (la fin aussi d’ailleurs !), nous survolons une fois de plus des paysages magnifiques dans les premières minutes, jusqu’à atteindre une zone de grand blanc avec des fins reliefs à peine visibles. C’est de toute façon le moment où l’on se rend compte que les hublots sont tous gelés à l’intérieur. Circulez y’a plus rien à voir ! sauf si vous avez une carte bleue (ou un boîtier de K7 audio, ça marche aussi) à portée de main pour gratouiller la vitre, avec une petite pensée pour les vacanciers français prenant leur voiture le matin avant de s’entasser dans les files de remonte-pente … Bref, on va donc en profiter pour faire une sieste ! De toute façon, pas grand-chose d’autre à faire par 95 dB et 5°C …

Au bout de 2h30, une douce sensation de “lourdeur” et un sifflement dans les tympans signalent à mon petit corps endormi qu’une descente s’amorce !

Déjà arrivé ??? Eh bien non, c’est le bonus du voyage, le ravitaillement à Mid Point ! Comme son nom l’indique, ce tout petit point sur la carte de l’Antarctique est situé pile au milieu de la “route” entre MZS et Concordia. C’est, en quelque sorte, la station-service locale qui permet au Twin et ses 5h30 d’autonomie de se refaire une santé avant de continuer sa route (autant dire que 5h30 d’autonomie pour 5h de route ça laisse pas trop de gras en cas de météo capricieuse une fois passé le point de non-retour). Nous allons donc nous poser sur une piste improvisée au début de l’été. Les fûts de kérozène nous attendent et sitôt posés, tandis que les pilotes donnent à boire au bébé, nous en profitons pour nous alléger aussi de quelques décilitres de liquide tranchant avec la blancheur de la neige qui nous entoure (c’est beau la poésie, n’est-ce pas ?).

Bha oui, des toilettes dans le Twin, y’en a pas !!!

Sorti de ces considérations purement matérielles, c’est la première que la sensation inoubliable du “marcher sur la neige” me revient, puis l’autre sensation c’est : ça pique le nez et les oreilles !!! Un petit -25°C environ, le ton est donné, c’est la première fois pour certains d’entre-nous.

Et pour moi, c’est la première fois depuis 3 ans que je repose le pied au milieu de nulle part.

Mid Point est à 500 km du point “chaud” le plus proche : si le Twin ne repart pas, c’est alerte rouge dans les heures qui suivent. Seul un petit abri non chauffé avec quelques réserves et une vieille dameuse sont à portée de main. Autant dire que ça peut rendre humble quelques instants. À perte de vue, rien de rien … à Concordia, la Base est quasiment toujours visible … ici, c’est le vide complet.

Seuls trois endroits au cœur de ce continent peuvent abriter la vie 365 jours par ans et c’est dans un de ces endroits que nous ferons notre prochain stop. Un stop d’une année…

Jason le pilote et son collègue s’affairent autour des fûts de kérozène, ça ne traîne pas, à peine un fût vidé que le second est déjà mis à disposition du glouton qu’est ce bon vieux Twin.

Moins de 30 minutes plus tard, armé de son marteau de Thor le co-pilote donne de violents coups sur les patins !!! ça peut faire peur la première fois … La blague classique est de faire croire aux nouveaux qu’on a tordu un patin à l’atterrissage et qu’il faut le redresser sinon point de salut, ça fait tout de suite son effet ;) . En fait, pas de stress, c’est juste pour décoller les patins de la neige !

Et nous revoilà partis pour 2h30 de vol. Comme je n’ai plus envie de dormir et que mon lapin crétin a envie de se dégourdir les pattes, je le laisse gambader un peu dans la cabine. Pendant ce temps, je sors l’outil fabuleux acheté juste avant mon départ en prévision de longues heures d’avion, un iPad !!!

Oui je sais, j’ai longtemps été sceptique à propos de ce truc et bien en fait pour faire de l’itinérant c’est génial ! Prévoir quand même un bon casque pour un vol en Twin (oui bon ok, tout le monde ne prend pas le Twin tous les jours, mais pour ceux à qui cela arriverait, je préviens !).

Plus les minutes passent et plus je sens la “maison”, un peu comme si je savais que j’allais arriver, tout devient familier et pile au moment ou une flopée de souvenirs débarque de toute part (voir même une ou deux larmes), la descente s’amorce, je sais que c’est le moment, les Tours sont là, sur ma gauche !

L’impression est aussi irréelle que la première fois, cette sensation qui m’avait accompagnée tout l’hiver en 2008, à chaque fois que je faisais face aux Tours pour rentrer après une sortie. Une impression de surnaturel, comme si je les redécouvrais à chaque fois. Un peu comme dans un rêve, où d’un seul coup on reprend le contrôle en se disant : “mais comment ces trucs ont-ils pu venir se poser ici, ils n’ont rien à y foutre ?! … arrêtes tes conneries, c’est l’heure de se lever pour aller bosser !”

Quelques instants après, l’avion touche le sol en douceur. Les quelques minutes qui nous séparent de l’ouverture de la porte semblent interminables, on sent l’excitation de tout le monde dans l’avion !

Ca y est, le Twin a remonté la Taxiway et s’est immobilisé. On aperçoit le comité d’accueil dehors. Une porte s’ouvre, puis une seconde avec difficulté car je n’arrive pas à trouver le loquet, sûrement trop préoccupé par l’envie de sortir de cette boite et de retrouver les copains et l’air libre !

Au loin, Cyprien fait de grands signes, la plateforme escalier servant de descente est mise à quai et je peux descendre en laissant derrière moi mon sac à dos, trop pressé de sortir.

Un peu de mal à reconnaître les visages … Djamel et Éric sont là … Claire, Gilou … je dis bonjour à plein de monde qui semble me connaître mais je ne les reconnais pas forcément sous leur masque solaire et leur combinaison.

La température ne me dérange pas, je ne prête même pas d’attention particulière aux conditions extérieures, seules la foule et les tours sont ma préoccupation.

Nous arrivons dans la Base, c’est l’odeur qui me choque le plus. Malgré une impression de propre, je ne reconnais pas cette odeur. Pas dérangeante mais toutefois lourde, un mélange de bac à graisse et d’autre chose. Direction les wc, j’ai beau chercher la chasse d’eau, je ne trouve pas le bouton … c’est un nouveau modèle, sans eau !

Le temps de me trouver une place dans la sous-station pour déposer mes affaires (je reprends mes habitudes), je monte voir ma chambre (je laisse traîner un peu les sacs en bas, pas le courage de les monter). Puis je file en cuisine voir Giorgio et Jean-Louis. Giorgio, j’ai hiverné avec lui en 2008, on remet donc cela ensemble cette année. Jean-Louis, c’est le cuisinier résident des Terres Australes et Antarctique, on ne compte plus le nombre d’hivernages et de campagnes d’été qu’il a assuré.

L’heure de déjeuner approche, il est en effet midi local, j’avale vite deux ou trois trucs (délicieux) puis ensuite, nous allons faire le tour des manips avec Pascal, mon prédécesseur qui est en pleine préparation de son départ prévu le lendemain.

J’ai du mal à le suivre dans la neige. Abri Magne 1, Magne 2, Astrophysics, Caro…

Cette balade m’épuise et je peine à le suivre dans cette neige molle… Je sais que je vais lourdement payer ces efforts durant plusieurs jours… En effet, il est fortement recommandé de passer au repos les 48 heures suivant l’arrivée, sous peine d’accumuler une grosse fatigue et de bousculer l’organisme déjà pas bien vaillant lorsque l’on passe du niveau de la mer à 3800 m d’altitude en 5 heures ! Tant pis…

A très vite !

Erick

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